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Par KC Lapierre A l’Institute of Applied Equine Podiatry (Institut de podologie équine appliquée), nous recevons au moins trois à quatre appels par semaine concernant des chevaux aux soles fines. Les histoires qui nous sont racontées ont toutes plusieurs points communs : mon cheval est sensible des pieds d’aussi longtemps que je me souvienne ; j’ai essayé de durcir sa sole durant ces deux dernières années ; à chaque printemps, mon cheval se fait de légères contusions à la sole. En fait, toutes ces histoires se résument à un unique problème de mauvaise santé de la sole – mais pourquoi ?

Pour comprendre, nous devons d’abord étudier les fondations de la sole. Quelle est la structure qui est recouverte par le corium (tissu sensible, traversé de vaisseaux sanguins) qui produit la corne de la sole ? Lorsque nous observons la «sole», nous avons une tendance naturelle à ne regarder que cette zone qui a pour fondation la troisième phalange. Il s’agit de la zone autour de l’apex (pointe) de la fourchette. La corne produite par le corium couvrant la face inférieure de la troisième phalange est appelée «corne tubulaire primaire». Cette corne est très dure, ce qui n’est pas le cas de la corne produite sur le pourtour de la troisième phalange. La corne de la sole produite sur le pourtour de la troisième phalange, et partout ailleurs où les fondations sont en cartilage (toute la moitié arrière du pied) est appelée «corne tubulaire terminale ». Cette corne est résistante et flexible. A titre de comparaison, l’acier avec lequel sont fabriqués les outils tels ciseaux, burins et forets de perceuses est dur et rigide, tandis que le fer dont sont constitués les charnières et les pieds de biche (leviers) est résistant et flexible. Un des avantages de distinguer ces deux qualités de sole est d’avoir la capacité de repérer au premier coup d’œil la position de la troisième phalange à l’intérieur de la boîte cornée. Chaque type de corne sert un but. Etes-vous capable de distinguer les deux types de sole ?

Sur cette vue de la face solaire, on distingue nettement la sole primaire (celle immédiatement sous P3) et la sole terminale (celle qui borde le pourtour de P3).

Sur cette vue de la face solaire, on distingue nettement la sole primaire (celle immédiatement sous P3) et la sole terminale (celle qui borde le pourtour de P3).

La corne tubulaire primaire (rigide) sous la troisième phalange aide à protéger cette troisième phalange des effets de couple et/ou des torsions, et contribue au déroulement correcte de la fonction hémodynamique (circulation sanguine), tandis que la corne tubulaire terminale (flexible) permet l’encaissement des chocs et la distorsion, participant ainsi à la protection des structures sensibles.

Croix rouges = sole tubulaire primaire Hachures vertes = sole tubulaire terminale

Croix rouges = sole tubulaire primaire
Hachures vertes = sole tubulaire terminale

Quand j’entends quelqu’un dire que son cheval a une sole fine, il fait souvent référence à la sole primaire, celle immédiatement sous la troisième phalange, et pas à celle située sur le pourtour de cet os. Qu’est-ce qui peut faire que cette sole primaire ne peut croître correctement ? Il existe plusieurs causes possibles, mais les plus prépondérantes sont une circulation sanguine altérée dans le corium et des pressions excessives sur ce même corium. Il ne s’agit pas ici de faire seulement en sorte que la circulation sanguine augmente dans le corium ; il s’agit de faire en sorte de rétablir une circulation correcte, c’est-à-dire que le sang se trouve en bonne quantité au bon endroit, et au bon moment. La mauvaise circulation sanguine dans le plexus solaire (réseau de vaisseaux sanguins dans le corium de la sole) peut avoir plusieurs causes. L’une est la mauvaise conformation de la boîte cornée. Vous voyez, tout au long de la foulée, le sang circule dans le pied du cheval en allant des zones de haute pression vers les zones de basse pression (principe de base de la mécanique des fluides), en fonction des déformations de la boîte cornée, déformations qui engendrent des pressions localisées ; une bonne conformation de la boîte cornée est donc importante, afin que cette boîte cornée se déforme correctement et engendre ainsi des pressions correctes au bon endroit, au bon moment. Par exemple, une pince trop courte peut réduire le flux sanguin dans l’artère circonflexe qui alimente le plexus solaire. Au moment de la bascule, il est important que la pince ait une forme correcte, physiologique, et soit bien à l’appui, afin que se produise une pression sur la paroi externe, ce qui engendre une augmentation de  pression dans le plexus de la chair feuilleté, faisant que le sang se dirige alors vers la zone la plus proche où la pression est moindre, en l’occurrence le plexus solaire primaire qu’il rejoint via l’artère circonflexe. Si, à ce moment-là, la pression sur les fondations de la paroi externe et son corium n’est pas plus élevée que celle dans le plexus solaire, une bonne circulation peut ne pas se produire et donc le corium n’est pas bien alimenté en sang.  En résumé, pinces tronquées et « mustang roll » excessifs engendrent une sole déficiente. Ce qui est décrit ci-dessus n’est qu’une petite partie de la façon dont la circulation sanguine se produit dans le pied tout au long de la foulée.
La circulation sanguine générale de la partie solaire (tout en bas du sabot) peut être aussi affectée par un déficit de suspension de l’Appareil de l’Arche Interne (pied interne). Quand le pied interne est moins bien suspendu, il en résulte une compression chronique légère du corium solaire, ce qui peut causer des ecchymoses, des abcès, et une mauvaise production de corne. D’où peut venir ce manque de suspension ? Le plus souvent, il résulte d’une élastose chronique légère. L’élastose est une augmentation de l’élasticité des tissus conjonctifs et du cartilage (en d’autres mots, une perte de potentiel élastique – qui est la capacité à résister à la déformation). Lorsque les tissus conjonctifs souffrent d’une perte de potentiel élastique (ce qui se produit dans tout le corps), le pied est le premier endroit où nous en voyons les symptômes. Principalement parce que la liaison entre pied interne et boîte cornée est soumise à d’énormes contraintes. Comment se produit l’élastose ? L’élastose résulte d’une perturbation métabolique quelconque. Après un hiver rigoureux, de nombreux chevaux souffrent d’un déséquilibre métabolique en raison de changements dans leur régime d’exercice, leur régime alimentaire, et leur hydratation. Les changements de toutes sortent qui se produisent au printemps peuvent être très stressants pour nos chevaux. L’intégrité de la paroi joue également un rôle dans la suspension du pied interne. Si l’intégrité de la paroi du sabot est compromise par une mauvaise matrice (mélange des différentes couches qui la composent), une humidité excessive, ou un parage excessif, la descente distale (vers le bas) du pied interne lors de la foulée peut alors être excessive, et engendrer des pressions anormales sur le corium solaire. Je vous suggère d’étudier d’un plus près comment les changements environnementaux pourraient être une cause de stress dans le corps de votre cheval.
Je traite les soles fines en me préoccupant d’abord du métabolisme de mon cheval. Ensuite, je fais en sorte que mon cheval soit bien hydraté, qu’il soit paré correctement et régulièrement, qu’il soit exempt d’infection, et qu’il fasse suffisamment d’exercice pour développer ou entretenir la santé de l’Appareil de l’Arche Interne de ses pieds . Prenez soin de l’intérieur, pour obtenir la santé à l’extérieur.

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